• Amanda

     

    Amanda

    (film : drame, 107 min, 2018)Amanda

    Réalisateur : Mikhaël Hers

    Scénario : Mikhael Hers Maud Ameline

    Décors : Charlotte de Cadeville

    Costumes : Caroline Spieth

    Photographie : Sébastien Buchmann

    Son : Dimitri Haulet

    Montage : Marion Monnier

    Musique : Anton Sanko

    Production : Pierre Guyard ; Philip Boëffard et Christophe Rossignon (producteurs associés)

    Société de production : Nord-Ouest films

    Sociétés de distribution : Pyramide Distribution ; Cinéart (Belgique), JMH Distributions SA (Suisse romande)

     

    Avec... Vincent Lacoste : David, Isaure Multrier : Amanda, Stacy Martin : Léna, la petite amie de David, Ophélia Kolb : Sandrine, la sœur aînée de David et mère d'Amanda, Marianne Basler : Maud, la tante de David et Sandrine, Jonathan Cohen : Axel, un ami de David, Greta Scacchi : Alison, la mère de David et Sandrine, Bakary Sangaré : le directeur de la Maison des Enfants, Nabiha Akkari : Raja, Raphaël Thiéry : Moïse, Claire Tran : Lydia, Elli Medeiros : Eve, la mère de Léna, Zoé Bruneau : l'assistante sociale, Lily Bensliman : la journaliste au café, Lawrence Valin : le père indien, Missia Piccoli : la mère au lycée, David Olivier Fischer : le père au lycée, Luke Tristan : l'homme de la Tamise, Jeanne Candel : la première jeune femme à l'hôpital, Lisa Wisznia : la seconde jeune femme à l'hôpital, Léah Lapiower : Emmanuelle

     

    Synopsis  

    Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

    La phrase fétiche « Elvis has left the building » occupe une place intrigante dans le film. Au début, la mère d'Amanda lit le livre de Dylan Jones qui l'a reprise comme titre, elle en explique la signification à sa fille. La phrase prend un fort potentiel émotionnel qui explosera dans la dernière séquence du film.

    Dans la presse et au fil des blogs...

    Sa sœur tuée dans un attentat, David devient subitement le tuteur de sa nièce. Un mélodrame magnifique sur l’apprivoisement de deux êtres.

    Pendant les vingt premières minutes, il règne une légèreté suspecte pour qui connaît le cinéma profondément désenchanté de Mikhaël Hers. David jongle avec nonchalance entre deux jobs alimentaires : la gestion d’appartements meublés pour touristes et l’élagage des arbres du 20e arrondissement de Paris. Il va aussi chercher, au pas de course car toujours en retard, sa nièce Amanda à la sortie de l’école, pour aider sa sœur, Sandrine, prof d’anglais au lycée Arago et jeune mère célibataire. Les trois membres de la famille Sorel paraissent heureux et unis malgré un quotidien pas toujours simple mais ­régulièrement égayé par les paris-brest de la boulangerie et les chansons ­d’Elvis Presley. C’est le début de l’été. La saison des pique-niques. Ce soir-là, David est retenu à la gare de Lyon pour accueillir des locataires. Sandrine et Léna, une voisine avec qui il commence à flirter, sont déjà parties au bois de Vincennes. Quand David les ­rejoint d’un coup de vélo, sa vie, et le film, bascule : des terroristes islamistes ont fait un carnage sur la pelouse.

    En injectant, pour la première fois, du réel dans son univers ouaté et jusqu’ici volontairement déconnecté de la laideur de l’actualité, Mikhaël Hers opère une forme de changement dans la continuité. A sa façon : par petites touches, toujours avec une infinie délicatesse. Le thème du deuil parcourait déjà ses deux films précédents, qu’il s’agisse de la perte, métaphorique, des souvenirs de jeunesse d’une bande de copains au seuil de l’âge adulte dans Memory Lane (2010) ou des conséquences de la disparition brutale d’une jeune trentenaire terrassée par la maladie au début de Ce sentiment de l’été (2015). Après deux films transpercés par la mélancolie, le cinéaste du temps perdu assume un mélodrame pur et dur sur la délicate gestion du chagrin.

    Dans Amanda, film de la maturité, il aborde frontalement des effusions qu’il avait l’habitude de laisser hors champ ou d’éviter pudiquement au moyen d’ellipses. La scène, tant redoutée, d’annonce de la mort de Sandrine à sa fille, sur le banc d’un square désert, est bouleversante de simplicité. Mikhaël Hers n’hésite pas non plus à filmer, brièvement mais sans ambages, les victimes ensanglantées de la fusillade.

    L’attentat du bois de Vincennes, fictif mais, hélas, très plausible, est aussi l’occasion pour le réalisateur, passionné de pop et grand arpenteur de salles de concert depuis la fin des années 1980, de rendre un hommage discret aux victimes de la tuerie du ­Bataclan et, plus généralement, à la jeunesse parisienne décimée le 13 novembre 2015. Une jeunesse qui le fascine et qu’il n’a de cesse, depuis ses premiers courts métrages (Primrose Hill, Montparnasse), de mettre en scène pour en percer les mystères.Point de bascule du récit, l’attaque terroriste reste circonscrite à deux ou trois très courtes scènes avant d’être évacuée pour laisser au film le temps de développer son vrai sujet : la paternité accidentelle. Orphelin de père et brouillé avec une mère qui a aban­donné le foyer sans donner signe de vie pendant dix ans, David, « adulescent » de 24 ans (Vincent Lacoste, très convaincant dans son premier grand rôle dramatique), se retrouve du jour au lendemain à devoir gérer son propre deuil et la vie d’une enfant de 7 ans. Epaulé par une tante bienveillante (Marianne Basler, véritable baume de réconfort), David a bien du mal à s’improviser papa et à reconstruire en même temps la fragile relation avec Léna, son amoureuse, rescapée mais traumatisée.

    Fidèle à son habitude de laisser ses personnages dénouer leur douleur et leurs conflits à l’air libre et en mouvement, Mikhaël Hers envoie David et Amanda arpenter l’Est parisien, de la place Voltaire au Parc Floral, en passant par les quais de Seine. Succession de scènes de la vie quotidienne d’une douce banalité où, pour réapprendre à s’aimer, les paroles échangées comptent moins que les sensations revenues. Jusqu’à cette déterminante excursion londonienne au stade de Wimbledon pour assister à la symbolique « remontada » d’un joueur de tennis à la peine. A chaque point gagnant, des larmes de joie sur les joues d’Amanda et sur les nôtres. Dans les yeux embrumés de la blonde orpheline, on peut enfin lire le mot qui lui faisait défaut. Revivre.

    Jérémie Couston, Télérama, novembre 2018


    « Amanda » : chronique de la vie d’après

    Le nouveau long-métrage de Mikhaël Hers, avec Vincent Lacoste, évoque la vague d’attentats en 2015 et ses conséquences.

    Vincent Lacoste (David) et Isaure Multrier (Amanda) dans « Amanda », de Mikhaël Hers.Vincent Lacoste (David) et Isaure Multrier (Amanda) dans « Amanda », de Mikhaël Hers. NORD-OUEST FILMS / PYRAMIDE DISTRIBUTION

    Trois ans, presque jour pour jour, après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris sort en salle le nouveau long-métrage de Mikhaël Hers, Amanda. L’histoire précisément de personnages dont la vie bascule à la suite d’une fusillade dans un parc de la capitale. La nature de l’événement ravive autant qu’elle la prolonge l’onde de choc de la tragédie. Elle dispense aussi au film un caractère dramatique que le cinéaste réussit à éprouver avec retenue et délicatesse. A cet endroit, néanmoins, s’arrête la correspondance que l’on pourrait vouloir établir entre Amanda et les faits ayant réellement existé.

    Car si l’attentat sert bel et bien de point de départ et de cadre au film, il n’en constitue pas le sujet. Ce qui le conduit, c’est la mise en observation frontale du deuil – le travail des survivants et le chagrin. Thème que portait déjà le précédent film de Mikhaël Hers, Ce sentiment de l’été (2015), et que poursuit de façon plus radicale Amanda. L’ampleur de la catastrophe engageant ici, à la fois, l’individu et le collectif.

    Si l’attentat sert bel et bien de point de départ et de cadre au film, il n’en constitue pas le sujet

    Pour tous, Paris rayonne d’un beau soleil, en ce début d’été. Et David (Vincent Lacoste), 24 ans, porté par l’énergie de sa jeunesse, court comme un beau diable. ­Assure les petits boulots dont il a la charge tout en sachant se rendre disponible pour sa sœur, ­Sandrine (Ophélia Kolb), professeure d’anglais et mère célibataire d’une petite fille de 7 ans, Amanda (Isaure Multrier). Quand David doit aller chercher sa nièce à l’école, il court, jongle, arrive parfois en retard. Sandrine s’en offusque. Mais la complicité et l’amour qui unissent ces deux-là écourtent toujours le temps des reproches. Ces liens les ont aidés à surmonter, dès leur plus jeune âge, l’abandon d’une mère partie loin du foyer familial. Ils leur ­prêtent désormais la main pour combler, auprès d’Amanda, l’absence d’un père.

    Quelques minutes de sidération

    C’est dire le degré de violence auquel est soumis l’édifice, le jour où David découvre, au ­milieu de nombreuses autres victimes, le cadavre ensanglanté de sa sœur gisant sur une pelouse du bois de Vincennes, au point de rendez-vous qu’ils s’étaient fixé pour un pique-nique entre amis. Surgi dans la clarté d’une séquence bucolique, le tableau qui nous parvient à ­travers le regard du jeune homme apparaît étrangement irréel. Une vision onirique à laquelle le film suspend son vol, dans un silence assourdissant. Quelques minutes de sidération avant le retour à la réalité.

    Au réveil, rien ne sera plus comme avant. Il va falloir annoncer à la petite fille la mort de sa mère. Il incombera aussi à David, dans l’immédiat, de s’occuper de sa nièce, et assez rapidement de se déclarer – ou pas – son tuteur. Dans ces urgences qui se heurtent au temps long du deuil, ­David marchera en trébuchant, sur un rythme en déséquilibre dont se fait écho le film, qui navigue entre différents états, concilie diverses cadences. Répétition des tâches quotidiennes, lenteur de la réparation, arrêt foudroyant de la douleur qui submerge avant le retour en pointillé des instants joyeux.

    Mikhaël Hers prend soin d’arrimer son sujet à des lieux précis et à des séquences de la vie quo­tidienne

    Mikhaël Hers compose avec ces mouvements contraires, comme au sein d’une symphonie dont l’unité se nourrit de l’intervention de tous les instruments. Laissant s’exprimer chacune des étapes traversées par David et Amanda. Le premier, à peine adulte, pressé, dispersé, emporté dans l’ivresse d’un amour naissant qu’interrompt l’attentat et lesté soudain d’une responsabilité trop lourde pour lui. La seconde, gamine aux rondeurs de poupon, mature avant l’âge, prisonnière d’un silence qu’elle doit combattre pour parvenir à s’ouvrir de nouveau. Ces deux êtres, dont on ne sait pas toujours lequel aide l’autre, apprennent à se connaître, à s’apprivoiser, à vivre ensemble, au creux d’un chagrin qui les pousse à grandir en accéléré.

    Il n’est pas de remède miracle pour se sortir d’une telle épreuve. Il en existe en revanche pour préserver un film de l’ornière mélodramatique qu’un tel drame sous-tend. Mikhaël Hers en fait la démonstration dans Amanda, comme dans chacun de ses films, où il prend soin d’arrimer son sujet à des lieux précis et à des séquences de la vie quo­tidienne. A l’intérieur de cette ­citadelle dont il a posé les ­remparts, le cinéaste n’esquive ni ne tait rien.

    Un art de l’ellipse

    La détresse et les larmes de David au milieu de la foule grouillante d’une gare, la colère d’Amanda à propos d’une brosse à dents, les phases de découragement trouvent leur place, par touches successives, dans un panorama plus large qui emporte l’histoire vers un autre courant. Celui de Paris, où la vie continue, où les terrasses de café sont pleines, où les rues défilent à la grâce d’une promenade à bicyclette. Mais où, aussi, les choses ont changé.

    Parcs fermés au lendemain de l’attentat, portiques de sécurité dans les lieux publics, présence militaire s’affichent comme les indices d’une époque dont le film se fait le témoin. Au même titre que la précarité, la multiplication des petits métiers, la location des appartements à la petite semaine, dont Mikhaël Hers a choisi de ne pas faire l’économie en situant Amanda dans les quartiers ­encore populaires du 12e arrondissement.

    De ce climat de violence et de fragilité, le cinéaste tire une élégance qui lui est propre. Une pudeur qui se manifeste à travers un art de l’ellipse et de la respiration dont on ne peut que lui savoir gré. Ainsi voit-on dans ces échappées belles qui parcourent le film – sur les hauteurs de Périgueux ou dans l’enceinte de Wimbledon – le signe d’une politesse, une autorisation à souffler. Et c’est alors seulement, à l’issue de ce trajet commun, que Mikhaël Hers s’accorde enfin le lâcher-prise. Dans un ­final mélodramatique parfaitement assumé, où, sur le visage d’Amanda, s’inscrit, à travers les larmes et le rire, tout le chemin parcouru.

     Véronique Cauhapé, Le Monde

     

     

     

     

    Vu en novembre 2019 (Collection personnelle)

     

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