• La maladroite

     

    La maladroite

    Réalisatrice : Eléonore Faucher

    Scénario, adaptation et dialogues : Françoise Charpiat, La maladroited'après le roman éponyme d'Alexandre Seurat

     Producteurs : Martine Lheureux (Lm les films) et Thomas Anargyros (Storia Television) 

    Image : Martin Neumeyer

    Montage : Sebastian Thümler Elísabet Ronaldsdóttir

    Musique originale : Laurent Petitgand

    Une coproduction déléguée Lm les films et Storia Television en coproduction avec France Télévisions, avec la participation de TV5 Monde

     Avec :  Elsa Hyvaert : Stella Dubois, Isabelle Carré : Céline Thibault, Emilie Dequenne : Emma Saugier, India Hair : Laetitia Dubois, Damien Jouillerot : Sylvain Dubois, Pierre Diot : Ghislain Massini, Coralie Russier : Rachel David, Patrick Descamps : Docteur Philippe, Pasquale D'Inca : Capitaine Gressot, Magali Woch : Lieutenant Kharoubi, Christine Brücher : Docteur Pelta, Juliette Navis : Juliette, Tania Desscources : Julie Lemercier, Lola Naymark : Docteur Santis, Maher Kamoun : Docteur Duteuil, Jean Siuen : Brigadier N'Guyen, Coline Béal : Corinne, infirmière, Oscar Copp : Martin, Tarik Jallal : Policier, Louise Herrero : Femme gendarmerie, Mickaël Durard : Homme gendarmerie, Marie-Stéphane Cattanéo : Mme Jourdan, Audrey Mikondo : Assistante sociale hôpital, Alicia Hava : L'interne, Jean-Pol Brissart : Le procureur Serge Berbagallo : La kiosquier, Aïmen Derriachi : Le maître nageur, Sylvie David : La passante... Et les enfants : Octave Bossuet : Tristan Dubois, Alix Marchal : Océane Dubois, Alec Bonnefond : Simon, Inedson Ndoumouk Da Cruz Fortes : Ousseynou, Naomi Doduik : Noémie, Izia Jehenne : Louise, Jessim Kas : Ziad, Aïdan Collet Blanchard : Adrien, Billie Hermanche : Léa, Gérard Lopez : Un médecin à l'hôpital

     

    Synopsis  

    La maladroite

    Stella a 6 ans mais rentre pour la première fois à l'école. Joyeuse, exubérante -un peu trop peut-être- c'est une enfant attachante, mais souvent absente. Santé fragile se justifient les parents. Chutes par maladresse explique Stella quand Céline son institutrice découvre des bleus suspects sur le corps de l'enfant. Alors maltraitance ou réel déficit immunitaire ? Le doute s'installe et hante ceux qui rencontrent l'enfant. Inquiète, Céline note chaque blessure jusqu'au jour où la famille déménage sans prévenir.

    Dans la presse et au fil des blogs...

    “La Maladroite” : face aux enfants maltraités, la question de la responsabilité collective

    La maladroite

     

     

    Malgré les signalements, Stella meurt à 8 ans sous les coups de ses parents. S’inspirant d’un fait divers, cette fiction saisissante aborde avec délicatesse le sujet des enfants martyrs. À voir ce mardi sur France 3 et en replay jusqu’au 19 décembre 2019.

    Les premières images de l’héroïne de La Maladroite, bout de chou mal fagoté, engoncé dans des cols roulés et des gilets désuets, nous ramènent dix ans en arrière. En septembre 2009, la photo de Marina Sabatier, morte à l’âge de 8 ans sous les coups de ses parents après des années de martyre, fait la une de tous les journaux. Le récit de son « flagrant calvaire », comme l’a décrit la journaliste de Libération Ondine Millot, ébranle et sidère. Rien ni personne n’a pu protéger l’enfant de ses tortionnaires malgré plusieurs signalements. La fiction réalisée par Éléonore Faucher (BrodeusesGamines, au cinéma, Les Déferlantes, pour Arte) et diffusée sur France 3 à l’occasion d’une soirée consacrée à l’enfance maltraitée (1), est l’adaptation libre d’un roman inspiré de l’histoire de la petite Marina. Paru en 2015, La Maladroite, d’Alexandre Seurat (éd. du Rouergue, 2015), revêt la forme d’un récit choral où se succèdent les témoignages de proches, de voisins, d’enseignants, de médecins, de travailleurs sociaux… tous ceux qui avaient côtoyé ou croisé l’enfant battue, chacun ayant perçu un peu de ses souffrances. Ces fragments, seul le lecteur les embrasse d’un même œil, spectateur du tableau complet du quotidien infernal de la petite et de la faillite de son sauvetage. « Je l’ai lu d’une traite, se souvient Éléonore Faucher. À la fin, j’avais la nausée. Un trou dans le ventre. »

    “J’ai voulu créer un suspense : va-t-on réussir à sauver Stella, ou pas ?” La scénariste Françoise Charpiat

    Le téléfilm, qui retrace la dernière année de la petite Stella (double fictionnel de Marina), reprend cette idée de puzzle, et donne une place primordiale au téléspectateur-témoin, qui relie peu à peu les événements. La scénariste Françoise Charpiat (Ne m’abandonne pas, sur France 2) a pensé l’histoire « comme un thriller », cadencé par la mise en scène de la disparition de la petite Stella par ses parents et son audition filmée par les gendarmes dans le cadre de l’enquête menée après un premier signalement pour suspicion de maltraitance. « J’ai voulu créer un suspense : va-t-on réussir à sauver Stella, ou pas ? Cela pousse le téléspectateur à s’interroger, à se demander ce qu’il ferait, ce qu’il dirait au fil du scénario », explique Françoise Charpiat. Pour cela, elle a choisi de toujours ancrer le récit dans le présent. Les faits réels, qui se sont déroulés sur plusieurs années, ont été compressés en un an ; le dédale administratif du dossier de la fillette, réduit à l’essentiel. La scénariste a exclu le passé de la famille (la petite Marina, née sous X, a été récupérée par sa mère à l’âge de 1 mois) ainsi que les personnages de la tante et de la grand-mère, présents dans le roman. « Le passé familial aurait forcément contribué à expliquer pourquoi les parents de Stella sont maltraitants, et ce n’était pas le propos », indique-t-elle.

     

    La maladroite

     

    Tout comme la réalisatrice Éléonore Faucher, elle a veillé à prendre de la distance avec l’histoire de Marina Sabatier, pour donner à la fiction une dimension d’alerte sur la prise en charge des cas de maltraitance. « Nous nous sommes éloignées de la réalité sur le plan social, précise Éléonore Faucher. Cela peut malheureusement arriver partout, nous avons été très vigilantes à ne pas stigmatiser une région ou un milieu. Nous avons aussi beaucoup “normalisé” la famille. Il ne fallait pas réduire cette histoire à un fait divers. Le film devait avoir un côté édifiant, pour que les gens s’alarment de ces situations. Nous n’avons pas évoqué l’alcoolisme de la mère de Marina — il est trop facile de rendre cette addiction responsable de ce genre d’agissements —, ni la situation familiale tordue, avec un deuxième homme qui partageait la vie de la mère… »

    “Personne ne prend l’affaire de A à Z, tout le monde dit avoir fait son travail, et la petite est morte.”

    Françoise Charpiat a rapidement délaissé les récits de faits divers qu’elle s’était d’abord mise à compulser pour se plonger dans le rapport du Défenseur des droits Alain Grevot sur l’histoire de Marina, publié en 2014, et les travaux associatifs, afin de resserrer l’intrigue sur le rôle des institutions. Jamais la caméra n’entre dans l’intimité de la famille, jamais le téléspectateur n’assiste directement aux violences. « J’ai voulu qu’il y ait toujours un médiateur entre l’enfant et le spectateur, qui n’est jamais seul avec elle ou ses parents. Il y a toujours des témoins, et nous avançons avec eux », explique la scénariste.

    On entre ainsi dans le calvaire de Stella en même temps que l’institutrice, Céline Thibault (Isabelle Carré), qui se met à répertorier scrupuleusement les marques sur le corps de Stella, sa faim permanente, ses nombreuses absences. Et comme dans le livre d’Alexandre Seurat, les témoins défilent, l’un minimisant l’enfer vécu par l’enfant, n’osant accuser les parents, l’autre prenant le cas de Stella à bras-le-corps et se heurtant à un mur, éprouvant son impuissance face à un système défaillant. Le film rend compte avec brio de la fragmentation des points de vue qui a mené au fiasco de la prise en charge d’une enfant en danger. « L’intervention de l’institutrice s’arrête là où commence celle de l’assistante sociale, et ainsi de suite. Personne ne prend l’affaire de A à Z, tout le monde dit avoir fait son travail, et la petite est morte. Cette responsabilité collective est très dangereuse, souligne Éléonore Faucher. Il ne fallait pas simplifier à outrance en désignant des coupables. La situation est complexe, et le film est là pour provoquer une prise de conscience, nous pousser à agir au-delà de notre frilosité, à ne pas fermer les yeux, et à dire les choses. »

    « Les enfants, c’est le dernier tabou, estime Françoise Charpiat. La parole s’est libérée au sujet des femmes maltraitées, du harcèlement, mais on parle trop peu des petits : c’est tellement affreux qu’on n’a pas envie d’approcher ça. Ce téléfilm aura au moins peut-être la vertu d’en faire parler. »

    Les ressorts de la terrifiante manipulation parentale

    Longtemps après la dernière image, La Maladroite reste en nous. On rembobine mentalement les scènes, les pièces du puzzle se réalignent dans notre esprit, les mensonges sordides du couple rejaillissent à la lumière des dernières séquences. Car la fiction donne aussi à voir les ressorts de la manipulation exercée par les parents sur leur fille, d’une loyauté absolue envers ses tortionnaires. Un crève-cœur. Les comédiens Damien Jouillerot et India Hair excellent à incarner le terrifiant « mur défensif de l’emprise parentale » décrit par le Défenseur des droits. Surtout, l’écriture et l’intensité du personnage de Stella sont remarquables. « Je me suis dit que personne ne s’était bien occupé d’elle, et que j’allais le faire, commente Françoise Charpiat. Plus je me rapprochais du personnage, plus je pensais à elle, à la manière de lui faire dire qu’elle ne mange pas à sa faim… plus je l’aimais. »

    La comédienne Elsa Hyvaert, 7 ans, dont c’était le tout premier tournage, est renversante. Sur sa petite bouille ronde se projette subtilement une palette d’émotions changeantes : la joie enfantine qui point par moments, la contenance qu’elle affiche pour protéger ses bourreaux, la crainte que la façade de mensonges ne vole en éclats. Si l’on a la gorge nouée, ce « trou dans le ventre », à la fin, c’est que tout était là, ostensible. Que le téléfilm questionne en profondeur notre responsabilité, individuelle et collective. Et que l’on sait que le regard sans colère de Stella nous hantera longtemps.

    Marie-Hélène Soenen, Télérama, novembre 2019
     

     

    Film bouleversant sur la souffrance silencieuse d'une enfant maltraitée par ses parents et l'impuissance des témoins qu'ils soient enseignants, voisins (à l’hôpital) ou médecins à faire cesser cette spirale infernale, malgré le courage dont certains font preuve. Tout au plus ceux-ci lui apportent-ils un peu de réconfort. La justice, prudente, tranche en faveur des parents après un signalement pourtant étayé... jusqu'au jour où la maltraitance atteint son degré ultime. Le récit laisse apparaître des failles énormes dans les dispositifs de protection des enfants battus : les informations entre services éducatifs, sociaux, administratifs policiers et  judiciaires ne circulent pas, au mépris de la sécurité des premiers concernés. C'est révoltant.

    Vu en novembre 2019 (Arte TV)

     

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