• Manchester by the sea

     

    Manchester by the seaManchester by the sea

    film : drame (Etats-Unis), 135 min, 2016

    Réalisation : Kenneth Lonergan

    Scénario : Kenneth Lonergan

    Sociétés de production : The Affleck/Middleton Project, B Story, Big Indie Pictures, CMP, K Period Media, Pearl Street Films

    Direction artistique : Ruth De Jong,

    Décors : Florencia Martin

    Costumes : Melissa Toth

    Photographie : Jody Lee Lipes

    Montage : Jennifer Lame Musique : Lesley Barber

    Production : Lauren Beck, Matt Damon, Chris Moore, Kimberly Steward et Kevin J. Walsh

    Coproducteur : Ryan H. Stowell

    Producteurs délégués : Declan Baldwin, Josh Godfrey, John Krasinski et Bill Migliore

    Distribution : Rifka Lodeizen, Cristobal Farias, Guido Pollemans

    Avec... Casey Affleck (VF : Jean-Christophe Dollé) : Lee Chandler, frère de Joe et oncle de Patrick, Michelle Williams (VF : Laëtitia Coryn) : Randi, l'ex-femme de Lee, Lucas Hedges (VF : Gabriel Bismuth) : Patrick Chandler, fils de Joe et neveu de Lee, Kyle Chandler (VF : Emmanuel Curtil) : Joe Chandler, père de Patrick et frère de Lee, Gretchen Mol : Elise, mère de Patrick, C.J. Wilson (en) (VF : Nicolas Justamon) : George, ami de la famille Chandler, Jami Tennille : Janine, l'épouse de George, Anna Baryshnikov : Sandy, une des petites amies de Patrick, chanteuse de leur groupe, Heather Burns (VF : Virginie Méry) : Jill, la mère de Sandy, attirée par Lee, Kara Hayward : Silvie, une des petites amies de Patrick, Matthew Broderick (VF : William Coryn) : Jeffrey, le compagnon de la mère de Patrick, Ruibo Qian : docteur Bethany, Tate Donovan (VF : Frédéric Darie) : l'entraineur de hockey, Stephen Henderson : Mr. Emery, le chef de Lee, Josh Hamilton : le notaire

     

    Synopsis  

    À la mort de Joe Chandler, son frère Lee est désigné tuteur légal de son fils Patrick dont la mère, à l'équilibre instable, est partie avec un autre homme. Lee devrait alors retourner vivre dans la maison de Joe, à Manchester-by-the-Sea (Massachusetts), sa ville natale, afin d'assurer une continuité de vie pour son neveu encore mineur. Mais Lee est traumatisé par un drame familial survenu dans cette ville des années auparavant, il est devenu renfermé et irascible, et il éprouve de grandes difficultés à gérer cette situation.

     

    Dans la presse et au fil des blogs...

    “Manchester by the sea”, un conte aussi rugueux que lyrique

    Casey Affleck dans Manchester by the sea, de Kenneth Lonergan

    Pour les Américains de la côte Est, Manchester by the Sea est un port de pêche et une station balnéaire. Mais pour le héros trentenaire, Lee, c'est un champ de ruines. Homme à tout faire dans une boîte de plomberie, en banlieue de Boston, il a fui le monde de sa jeunesse. A la mort de son grand frère, il doit pourtant reprendre en urgence la route de son village natal, où il est désigné tuteur de son neveu adolescent. Un voyage dans le passé commence : Lee revient sur les lieux de l'effroyable tragédie qui a détruit sa vie et l'a lesté à jamais d'un sentiment de culpabilité.

    Entre Hollywood, où la pénible multiplication des superhéros vire à l'hégémonie, et le cinéma américain dit indépendant, paupérisé, souvent atone, il y a donc une voie médiane séduisante. Kenneth Lonergan a coécrit le scénario de Gangs of New York, de Martin Scorsese (2002). Il a dirigé naguère la star Matt Damon (lequel produit Manchester by the Sea). Ce flirt avec le grand public le positionne au croisement de l'auteurisme et du divertissement. La beauté presque classique de Manchester by the Sea évoque ces drames destinés à un public adulte, que Holywood produisait encore jusque dans les années 1980, avec des Al Pacino, Dustin Hoffman, Robert De Niro...

    Casey Affleck (petit frère de Ben, qui se laisse étrangement oublier entre deux grands rôles) est l'acteur fascinant qui donne au film sa dignité. Alors que tout, rencontres et réminiscences, devrait provoquer des torrents de larmes ou des cris de douleur chez Lee, le comédien résiste, lointain, impassible. C'est une éthique de jeu (on l'a souvent vu ainsi intériorisé), mais qui, en l'occurrence, dessine un personnage endurci jusqu'à l'os, minéralisé par le chagrin, sans plaisirs ni désirs. Le contraste est saisissant avec l'expressivité de Michelle Williams (l'ex-femme de Lee), toujours au bord des pleurs derrière le masque de la résilience.

    La galerie des endeuillés recèle un autre spécimen passionnant : l'adolescent désormais sans père (l'excellent Lucas Hedges, vu chez Wes Anderson), dont Lee est supposé devenir le tuteur. Ce neveu se montre cynique, revêche, tout occupé à sa collection de copines et à une sexualité compulsive, avant une volte-face remarquablement imprévisible et émouvante, moment de bascule du récit... Car Manchester by the Sea dépasse la chronique d'un retour au pays. Au-delà de son ancrage réaliste — communauté de marins prolétaires, lumière hivernale —, c'est bien un conte. A la fois rugueux et lyrique. Ouvert sur le seul horizon que méritent tous ces personnages fracassés : la consolation. — Louis Guichard (Télérama)


     Lee Chandler est gardien d'immeuble à Boston. Il apprend un jour le décès de son frère, et doit retourner dans son ancienne ville de Manchester-by-the-Sea...

    SECRET HEART

    Kenneth Lonergan, avec ses trois longs métrages disséminés en seize ans, a tout du cinéaste-culte. Après le contentieux artistique qui a enlisé pendant six ans son précédent film, le malade et flamboyant Margaret, le dramaturge passé réalisateur revient auréolé d’une hype sundancienne. En apparence, le film a tout de l’indie de festivals. Mais de Sundance, Manchester by the Sea n’a que le nom sur l’affiche, et encore. C’est en fait une chronique sourde, un film secret, qui promet une catharsis facile mais ne la livre jamais. Lonergan a un tel talent pour prendre le quotidien, l’ordinaire, et le faire vivre de la plus humble et incarnée des façons, qu’il transforme son film au pitch quelconque en un tourbillon silencieux d’émotion, où tout reste en creux, tellement profondément vécu et incarné que la moindre pointe d’émotion visible en devient dévastatrice. Casey Affleck – qui remplace Matt Damon – sert de vecteur mutique à ce voyage émotionnel, livrant une performance intense et rentrée, jamais show-offy, faisant exister dans tous ses paradoxes un homme que le deuil a éteint.

    Mais en dépit de son cadre hivernal, de sa pudeur, et de son portrait d’une ville sous cloche (on pense souvent à The Sweet Hereafter), Manchester by the Sea s’avère étonnamment drôle. La finesse du regard de Lonergan embrasse l’absurdité de chaque situation, s’attardant sur des moments gênants, des instants d’embarras, des ruptures tonales entre le sublime et le médiocre, le petit détail réaliste qui vient parasiter le mélo, ou la discussion à contretemps sur Star Trek au sortir d’un enterrement. Dans sa narration, le film ose une structure étrange, un montage volontiers hoquetant. L’irruption inopinée de flash-backs viennent contaminer le présent, comme lorsqu’un souvenir ressurgit au pire des moments. Le travail de montage de Jessica Lame, également monteuse des derniers Noah Baumbach, est fascinant. Elle tricote le présent avec le passé, et veille à constamment casser nos attentes, empêchant le film de se fixer sur une ligne tracée au préalable. Ces errements conduisent cependant au principal défaut du film, un léger flottement narratif dans la deuxième partie du métrage, auquel un re-montage post-Sundance aurait dû remédier.

    A la fois fresque et miniature, le film fascine constamment. Le regard de Lonergan y est d’une telle acuité, d’une telle maturité, son refus des réponses trop faciles si fièrement affiché, qu’il élève son modeste portrait vers quelque chose de plus grand. En interview, le cinéaste déplorait ce diktat actuel du cinéma américain exigeant que rien ne soit laissé irrésolu. Et ceux qui n’arrivent pas à surmonter un drame, "why can’t they have a movie too?" Beau défi à se lancer. Et plus beau encore de le relever de la sorte, avec une telle nuance et une telle splendeur. Pour quelqu’un qui se prétend "not a real filmmaker", c’est plutôt pas mal…

    - Liam Engle (filmdeculte.com)


    Manchester by the Sea

    Transferts de paternité et de culpabilité dans un drame existentiel puissant. Casey Affleck au sommet. Le film choc de cette fin d’année.

    Depuis combien de temps n’avait-on pas vu un film américain qui donne à ce point du temps au temps, et privilégie si fortement l’épaisseur de ses personnages et le déploiement complexe de leur histoire ?

    Le voilà donc cet objet à la profondeur romanesque, signé par un réalisateur de plus de 50 ans, Kenneth Lonergan, que nous avons le sentiment un peu honteux de découvrir alors qu’il avait signé les scénarios de Mafia Blues (1999) et de Gangs of New York (2002), et réalisé Tu peux compter sur moi (2000) et Margaret (2011) – que l’on avoue ne pas avoir vus.

    Cassé de l'intérieur

    On ne sait donc si ces deux précédents films laissaient entrevoir la puissance émotionnelle et l’intelligence dramaturgique de Manchester by the Sea, ni si la réussite de celui-là permettra à Lonergan d’enchaîner plus rapidement et régulièrement ; on est seulement sûr de tenir là un des quelques très beaux films américains de ces dernières années.

    Manchester by the Sea nous présente Lee Chandler, homme à tout faire d’un immeuble de Boston, Massachusetts. La petite quarantaine, solitaire, Lee assure son job sans passion, semble indifférent aux avances des femmes qu’il croise, se castagne dans les bars pour un oui ou pour un non. Il semble éteint, cassé de l’intérieur, vivant sa morne vie comme un robot. Ce quadra dépressif est joué par un Casey Affleck à son plus haut, épatant de dureté minérale, laissant deviner tout au fond un cœur prêt à vibrer encore.

    Le film va s'attacher à montrer une relation complexe, à la fois amicale et filiale

    Un jour, Lee reçoit un coup de fil. Son grand frère vient de décéder. Il doit retourner dans leur petite ville portuaire (Manchester donc, à quelques kilomètres au nord de Boston), où il apprend en sus qu’il a été désigné comme tuteur de son neveu, Patrick, 16 ans (Lucas Hedges, très bon comme tout le reste du casting).

    Le film va s’attacher à montrer la relation complexe entre Lee et Patrick, sa dimension à la fois amicale et filiale, compliquée par l’âge de Patrick, l’éveil de sa sexualité et les prémices de l’âge adulte.

    Empathie et ressorts secrets

    Un autre élément mystérieux pèse sur cette relation. On sent que Lee aime son neveu, mais il refuse pourtant d’embrasser à fond son rôle de père de substitution, ne veut pas emménager avec lui à Manchester, préférant rester vivre à Boston. Tranquillement, minutieusement, patiemment, Lonergan va effeuiller le passé de la famille Chandler, dévoiler un événement décisif de leur histoire (dont on ne dira rien ici) expliquant les réticences de Lee à vivre pleinement et à revenir à Manchester.

    Réduit à son pitch, le récit de Manchester by the Sea pourrait passer pour un mélo facile, un tire-larmes simpliste, un roman-photo un peu tarabiscoté. C’est justement toute la réussite de Lonergan que de nourrir son synopsis, de donner de la chair à ses grandes lignes.

    Il y parvient grâce au temps. D’abord le temps de déployer un récit riche en virages et en couches dramaturgiques ; de regarder le charmant paysage maritime du Massachusetts ; de traiter chaque scène avec toute l’intensité et la durée requises, sans hâter le tempo et sans non plus s’appesantir artificiellement ; d’entrer en empathie avec les protagonistes avant de révéler les grands ressorts secrets qui les habitent et les travaillent.

    Un grand et superbe mélodrame

    Ensuite, traiter le temps comme le faisait Proust, soit comme un feuilleté de temporalités qui se mélangent sans cesse, où le passé agit sur le présent, où le temps subjectif perturbe le temps objectif, où les années qui ne passent pas viennent ombrer les années qui passent. Le vrai sujet de ce film, c’est cette ombre, ces cendres du temps, comment on s’en libère un peu, beaucoup, ou pas du tout, comment vivre avec.

    Loin de la machine à faire pleurer dans les chaumières, loin des facilités du feel good movie, bouleversant grâce à sa tenue à distance du pathos, à son absence de putasserie, à son exigence de justesse et à sa précision dans les cuissons émotionnelles, Manchester by the Sea réussit tout ce qu’avait raté récemment Une vie entre deux océans (de Derek Cianfrance). Kenneth Lonergan vient de pondre, en toute humilité, un grand et superbe spécimen de cette espèce en voie de disparition : le mélodrame.

    Serge Kaganski (Lesinrockuptibles)

     

     

    Tout est si bien dit par les chroniqueurs critiques émérites pré-cités... Le spectateur découvre un homme -Lee Chandler- attachant, serviable, qui intervient dans une résidence (banlieue de Boston) pour dépanner les habitants en réalisant de menus travaux. Très vite on réalise que cet homme est comme 'éteint' de l'intérieur, incapable de s'abandonner à la légèreté et à la découverte confiante de ceux qui le rencontrent.  Au fil d'un récit entrecoupé de flash-backs éclairants, l'immense chagrin qui a anéanti Lee va être révélé, à l'occasion de la mort de son frère. 

    On est bouleversé par le jeu des acteurs, tout en retenue, et par la beauté de la photo (plans larges des paysages, minéralité) qui accompagne le questionnement existentiel des personnages : comment s'autoriser à vivre, rongé par la culpabilité, quand l'indicible drame est survenu ? Quel est le pouvoir du pardon ?

    Vu en janvier 2020 (Netflix)

     

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