• Pour Sama : journal d'une mère syrienne

    Pour Sama : journal d'une mère syriennePour Sama : journal d'une mère syrienne

    (Documentaire, Royaume-Uni, USA, 2019, 95 min )

    Réalisation : Waad al-Kateab, Edward Watts

    Image : Waad al-Kateab

    Montage : Simon McMahon, Chloe Lambourne

    Musique : Nainita Desai

    Producteurs :  Waad al-Kateab, Ben de Pear, Nevine Mabro, Siobhan Sinnerton, George Waldrum, Raney Aronson-Rath

     Production : Channel 4, Frontline Films, ITN Productions

    Distributeur : KMBO

     

    Synopsis  

    Le film se déroule dans la ville d'Alep entre 2011 et 2016, pendant le soulèvement révolutionnaire, la guerre civile syrienne et le siège d'Alep. Il raconte la vie d'une jeune étudiante syrienne, Waad al-Kateab, qui filme son quotidien, depuis les premières manifestations étudiantes de 2011 jusqu'aux bombardements sur la zone assiégée à l'est de la ville.

     La descente aux enfers des habitants d'Alep est vue à travers le prisme de sa vie personnelle, sa rencontre puis son mariage avec Hamza, jeune médecin, et le quotidien de celui-ci à l'hôpital, puis la naissance et la première année de leur fille, Sama.

     

    Dans la presse et au fil des blogs...

    LE CHEMIN DES BOMBES

    Pour Sama prend majoritairement place dans un hôpital d’Alep menacé par la dictature d’Assad et les bombardements russes au cours du siège de la ville fin 2016. Après s’être marié avec un médecin engagé contre le régime, Waad al-Kateab, co-réalisatrice de ce documentaire en forme de journal filmé, y donne vie à la petite Sama alors que l’étau se resserre autour des résistants. L’établissement qui accueille de plus en plus de réfugiés se révèle rapidement être un abri miraculeux où les espoirs sont encore permis. Nombreuses sont ainsi les séquences où Waad al-Kateab filme l’arrivée de blessés inconscients à l’hôpital, enregistrant l’instant suspendu où la possibilité d’une réanimation perdure encore. La cinéaste retrouve ensuite les familles meurtries sortant du bâtiment, mouvement synonyme de violent retour à la réalité. Lorsqu’un jeune garçon est par exemple déclaré mort sur son brancard, la dimension tragique de la scène ne frappe qu’à retardement, à partir du moment où sa mère décide de porter son cadavre enveloppé dans un drap blanc jusque dans la rue, sous le regard démuni des passants. Le drame et la violence de la guerre frappent d’ailleurs le plus souvent hors champ ou à distance. En témoignent les images des bombardements russes sur les quartiers voisins, enregistrés depuis une chambre surplombant la ville, ou l’attaque du premier hôpital, montrée à travers des images de vidéosurveillances re-filmées par la cinéaste, absente des lieux lors de leur destruction. La ville apparaît ici morcelée, de sorte que le couple central finit par se délaisser progressivement des lieux qui lui sont chers : tandis que l’hôpital est remplacé par un autre, l’appartement familial est abandonné, au même titre que la petite chambre dans laquelle a grandi Sama.

    S’il peut faire preuve de finesse pour traduire la fragmentation d’un espace miné par la guerre, Pour Sama manque parfois de subtilité. Les trois derniers plans du film, qui ne sont pas directement issus du journal de la cinéaste, synthétisent par exemple ces limites. Plusieurs mois après la fin du siège, la caméra y suit d’abord les pas de Waad al-Kateab dans les rues dévastées d’Alep. Un contrechamp dévoile ensuite l’enfant qu’elle tient dans ses bras, la petite Sama, oubliant les décombres pour ne retenir dans le cadre que cette allégorie de la jeunesse syrienne. Enfin, une plongée s’élève vers le ciel pour lier leur destin à celui de la ville entière, qui se dévoile ici par l’entremise d’un plan filmé au drone. Ce court agencement rappelle ce que le fil du récit n’a eu de cesse de souligner (continuer à vivre revient à tracer le chemin inverse des bombes), résumant la trajectoire d’un film dont les velléités discursives finissent par atténuer la portée.

    Corentin Lê (critkat.com)


    Pourquoi il faut voir le déchirant “Pour Sama, journal d’une mère syrienne”

    Pour Sama de Waad al-Kateab et Edward Watts

    Depuis sa sortie, le 9 octobre, le documentaire de Waad Al-Kateab et Edward Watts sur l’enfer qu’ils ont vécu à Alep bouleverse au-delà des mots ceux qui le voient. Et pourtant, il faut aller voir ce film électrochoc, encore projeté dans vingt et une villes en France. Témoignages de sortie de salle.

    « Je ne m’en remets pas, je suis au-delà du bouleversement », nous écrit Thomas, 44 ans. Quelques semaines après sa sortie en salles, le documentaire Pour Sama, journal d’une mère syrienne bénéfice d’un fort bouche à oreille. Ce film, récompensé lors du dernier Festival de Cannes de l’Œil d’or, prix du meilleur documentaire, bouleverse et hante ceux qui le découvrent. Il y est question d’une ville, Alep, bombardée durant des mois par les forces de Bachar el-Assad. Mais aussi d’un peuple, que l’on suit à travers une famille : la réalisatrice, Waad Al-Kateab, son mari Hamza, médecin urgentiste, et leur bébé, la petite Sama, née dans ce chaos. C’est, au-delà de cette famille, l’histoire des habitants d’Alep littéralement pris en otages dans leur propre ville, et déchirés entre la volonté de résister et celle de fuir, pour sauver leur vie. Déchirant, révoltant, Pour Sama (de Waad al-Kateab et Eward Watts) a de toute évidence un statut à part dans les « films de guerre ». Réactions et témoignages à chaud.

    Julie Bertuccelli, réalisatrice, fondatrice du prix l’Œil d’or à Cannes : “J’ai été transpercée”

    « C’est un coup de poing. Il y aura des gens qui vont dire que “c’est trop dur de montrer ces images”. Mais moi, j’ai été transpercée par ce documentaire. J’ai pleuré pratiquement du début à la fin. J’ai ressenti des haut-le-cœur et aussi des moments de grand bonheur à travers l’amour naissant de ce couple, la vie de cette famille. On passe de la joie aux larmes. La mort et la vie y sont intimement liées.

    C’est un film sur l’horreur qui donne de la force de vie. Un film à voir pour aider les Syriens. Le monde entier devrait se mobiliser pour aider cette population. »

    Pour Sama, de Waad Al-Kateab et Edward Watts.

     

     

    Aurore, 19 ans, étudiante en histoire et en arabe : “C’est un film d’utilité publique”

    « Quand j’ai entendu, sur France Inter, qu’une femme syrienne avait filmé le siège d’Alep en Syrie, cela m’a donné très envie d’aller le voir. J’ai regardé la bande-annonce une fois, puis une deuxième. Ça m’a pris au cœur, j’y suis allée.

    Un choc. Je n’avais jamais vu d’images pareilles. Elles étaient d’autant plus dures que c’est la réalité que j’avais sous les yeux. Le film, hyper intense, dure une heure et demie, douloureuse et difficile. Paradoxalement, on s’habitue à la violence des images, et cela m’a encore plus perturbée. Les habitants d’Alep n’avaient aucune perspective de vie, les enfants ne connaissaient rien d’autre que la guerre. Pourtant, je me suis surprise à rire à certaines blagues d’une mère de famille, amie de la réalisatrice, sur les bombardements.

    J’étais accompagnée d’un ami. Quand nous sommes sortis, nous n’avons pas réussi à dire un mot. J’étais ahurie. Et en même temps impossible de parler d’autre chose que du film. Chez moi, j’ai pleuré toute la soirée. En fait, je pense que je n’étais pas préparée à une telle violence. La scène hyper crue qui m’a le plus traumatisée, c’est celle d’un bébé qui est secoué [Hamza, le médecin, fait naître un bébé dans des conditions atroces. L’enfant ne pousse aucun cri. Waad filme cette scène où on administre au nouveau-né des petites tapes, ne sachant pas si l’enfant est mort ou vivant, ndlr]. Je me suis dit “il va mourir”. Je pense que j’aurais quitté la salle s’il n’avait pas été sauvé. Dans toutes ces situations d’horreur, la réalisatrice parvient à stabiliser sa caméra. Elle filme les situations les plus terribles en gardant son sang-froid. Son mari, le médecin, est encore plus calme. Je n’ai pas de mots pour le décrire : il donne sa vie à Alep. Pour lui, il est hors de question de partir et de tout laisser.

    Pour Sama est un film d’utilité publique, mais il faut être préparé à le voir. Il faut dire aux gens combien c’est violent. Mais il faut vraiment y aller, pour se rendre compte de ce qui se passe en Syrie. Bachar el-Assad est le pire du pire. En rentrant chez moi, j’ai dit à mes parents : “Mais ce n’est pas possible, il faut qu’on l’arrête!” J’ai eu envie d’aider ces gens, de créer une école pour que ces enfants connaissent autre chose. Je me suis rendue compte de la chance que j’avais de vivre dans un pays où il ne se passe globalement rien, et de voir à quel point ma jeunesse a été “calme”. Eux ne connaissent rien d’autre que la guerre. C’est inimaginable. »

    Pour Sama, de Waad Al-Kateab et Edward Watts.

    Pablo, 19 ans, étudiant : “C’est une sorte d’électrochoc pour le spectateur”

    « Plus qu’un film, c’est une expérience qui m’a interloqué. J’en suis sorti très déstabilisé, parce que ce documentaire nous plonge dans une réalité très éloignée de celle que nous livrent les médias. D’une part, on est exposé en tant que spectateur à une violence incroyable, d’autre part, on a l’impression de ne pas être au courant de ce qui se passe réellement là-bas, de ne rien suivre. Dans le traitement de la question syrienne par la presse et la télé en France, tout est dédramatisé. Ce qui s’est passé durant le siège d’Alep en 2016 n’a pas été traduit, ni restitué.

    Ce qui frappe dans Pour Sama, c’est l’extrême violence, omniprésente dans les images de cadavres, le drame que vivent les enfants, l’oppression quotidienne que subissent des familles entières. Il n’y a pas un moment de répit, comme lors d’un repas où tous doivent aller se réfugier dans les caves, à cause des bombes. C’est une sorte d’électrochoc pour le spectateur, directement plongé dans l’horreur, comme sorti de son confort. Plus encore que Waad, bien sûr très courageuse, et que son mari Hamza, qui soigne et opère vingt-quatre heures sur vingt-quatre, j'ai été saisi par les personnages secondaires, les jeunes qu’on voit au début et qui meurent par la suite, les amis du couple, un petit garçon qui vient de mourir sous les bombardements, ses frères qui le pleurent, leur mère qui emporte le corps de son fils dans son linceul bleu… Je n’oublierai jamais ce film. »

    Pour Sama, de Waad Al-Kateab et Edward Watts.

    Céline, 52 ans, comédienne : “Ce film est une leçon de courage et de vie”

    « J’y suis allée un jeudi après-midi, la salle était pleine, avec des gens de tous les âges. C’est aussi le jour où j’ai appris qu’Erdogan avait lancé une opération militaire contre les Kurdes. Ce film nous met devant nos contradictions, notre impuissance, aussi. On se dit : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour les aider ?” J’ai été aussi saisie par la question que se posent Waad et son mari médecin : doivent-ils rester ou partir ? Ce sont de jeunes parents, ils viennent d’avoir un bébé. À un moment, ils ont la possibilité de quitter Alep et faire le choix de la sécurité, mais ils décident au contraire de retourner dans leur ville, chez eux, avec leur enfant.

    En tant que mère, je me suis posé la question : “Est-ce que j’aurais eu le courage de faire comme ce couple ? Est-ce que je serais restée?” Cette mère avait toutes les bonnes raisons de fuir avec son enfant, mais elle reste, pour voir, pour témoigner. Son bébé ne pleure même plus quand tombent les bombes. La petite Sama a appris à survivre dans cet enfer.

    La scène qui m’a fait le plus pleurer et m’a mise dans un état terrible, c’est celle du nouveau-né. Encore relié au codon ombilical de sa mère, il semble mort. Alors quand cet enfant crie enfin, la vie renaît ! Il porte un tel espoir. Il y a aussi les frappes aériennes. À un moment, quatre bombes tombent l’une après autre sur Alep. Les images sont très très impressionnantes. Je repensais à ce que me disaient ma mère et ma grand-mère sur la guerre en France, lorsqu’ils étaient obligés d’aller se réfugier dans les caves.

    Tout le monde devrait voir ce film, à commencer par les hommes politiques. C’est une leçon de courage et de vie. Il nous permet de prendre conscience de ce qui se passe en Syrie, tout près et si loin de nous. 

    Emmanuelle Skyvington, Télérama (oct. 2019)

    Vu en février 2020 (Canal plus VOD, abonnement Télérama)

     

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